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mercredi 15 mars 2023

Famille Corneille

    Les CORNEILLE sont une famille protestante hollandaise dont deux membres habitent en Provence au XVIIe siècle et apparaissent dans le registre du pasteur Bouer, pour la communauté du Luc. Il s’agit du père et du fils, porteurs du même prénom, Rodolphe ; les historiens ont souvent considéré que le patronyme était Gédéon, le prénom Rodolphe, et le surnom Corneille. La confusion est alimentée par les sources même. En effet, le fils signait tantôt Rodolphe Gédéon, tantôt Corneille Rodolphe. Ainsi, on trouve « Rodolphe Corneille fils de Rodolphe Gédéon Corneille », « Rodolphe Gédéon architecte naval », ou encore « Rodolphe Gédéon dit Corneille ».

 


    J’ai retenu Corneille comme patronyme pour plusieurs raisons. C’est un patronyme courant aux Pays Bas et on le retrouve dans les archives de la ville d’Amsterdam dès la fin du XVIe siècle. De plus, les registres des églises protestantes de Dublin en font aussi mention comme patronyme. Dans l’acte de mariage de Jean Corneille, il est stipulé qu’il est le fils de Rodolphe Corneille. Gédéon est sans doute un surnom, peut-être commun au père et au fils. On trouve aussi dans le English army lists and commission registers, 1661-1714 par Charles Dalton, la mention de Rodolphe Corneille. Je parlerai donc de Rodolphe père et Rodolphe fils.

 


    Le registre protestant du Luc mentionne Rodolphe, fils de Rodolphe Gédéon et d’Anne.  La famille serait originaire de Denis dans les Flandres.

Tous deux étaient des ingénieurs charpentiers pour les vaisseaux du roi. Le père aurait quitté son pays en 1645, pour venir exercer ses talents à Toulon pour la Marine royale. Il y a construit ou conçu un grand nombre de navires dont voici la liste :

La Reine (1647), Beaufort Class (1660), Le Saint Philippe (1661), Le Jules (1661), Le Beaufort (1662), le Mercœur (1662), Le Dauphin (1664), Le Provençal (1667), Le Florissant (1667), Le Royal Louis[1] (1668), Royale Thérèse (1668), Le Magnanime (1670), Le Joli (1670), Le Rubis (1670), Le Furieux (1671). 

    Selon l’intendant La Guette, il s’agissait alors du « meilleur bâtisseur de vaisseaux au monde ».[2] Cela explique pourquoi il aurait été payé deux fois plus que ses homologues provençaux.[3] Il s’éteindra à Toulon, le 26 octobre 1673 à l’âge de 67 ans ; il sera inhumé au Luc le lendemain.

    Son fils Rodolphe était ingénieur du roi dans la marine royale, mais il n’a pas eu la même renommée professionnelle que son fils. Il serait né à Medemblick, dans le nord de la Hollande.

Il apparaît dans le registre du pasteur Bouer car il est parrain à plusieurs reprises :

·         Le 3 septembre 1673, de Marguerite GALDY, fille de Pierre, maître menuisier de Solliès et d’Anne GRAS. Mais il est absent ce jour-là et se fait représenter par un hollandais du nom d’Henri BERNARD.

·         Le 29 novembre 1673, de Jean Henri BERNARD, fils d’Henri, tonnelier, hollandais habitant Toulon et de Madeleine GEOFFROY.

·         Le 29 novembre 1674, d’André MEISSONNIER, fils de Joseph, marchand de Solliès et de Marguerite AUDIFFRED.

·         Le 11 octobre 1677, Jeanne SEGUIN, fille de Daniel, de Velaux habitant Toulon et de Françoise MENIER de Velaux.

    e 2 janvier 1674, il se marie au Luc avec Jeanne Augier d’Orange, fille de feu Sieur Jean et de Susanne BERNARD. Ils auront un fils Jean, qui épousera Jeanne Charlotte RAVENEL à Dublin le 20 février 1710. Le couple aura un fils, Barthélémy né le 14 février 1712 à Dublin.

    Le philosophe anglais John Locke a séjourné en France de 1675 à 1679, notamment dans le sud. Il a fréquenté le milieu protestant et en particulier Rodolphe fils, qui était un ami de la famille Solicoffre[4] à Marseille. À la révocation, il aurait regagné la Hollande. En 1688, il est membre de l’église hollandaise de Nimègue[5], puis naturalisé à Londres, le 4 mai 1699. Il a poursuivi sa carrière dans la Marine et a été capitaine dans les Royal Engineers (second ingénieur en 1692). En 1710, il assiste au mariage de son fils Jean, à Dublin.

Pour aller plus loin :

·         Huguenot Pedigrees, par Charles E. Lart, vol 1 London 1924-1925

·         Registres des Églises protestantes de France à Dublin, publiés par la Huguenot Society of London, 1893

·         English army lists and commission registers, 1661- 1714,(Vol.4) Charles Dalton

·         John Locke, Carnet de voyage à Montpellier et dans le sud de la France (1676-1679).

·         Paul Chack, Marins à la bataille. Des origines au XVIIIe siècle.

·         Circulation des techniques de construction navale du Moyen Âge à l’épave de la Jeanne Élisabeth (1755), Eric Rieth.

·         Le témoignage de John Locke sur la situation du protestantisme français à la veille de la révocation (1676-1679) par Jacques Proust, in Bull SHPF, vol 151 (janv- fev- mars 2005)

·         Site d’histoire de la marine : https://troisponts.net/2011/09/09/le-royal-louis-de-1668/

·         Three Decks, site consacré à l’histoire navale (pour la recherche entrer Gédéon comme patronyme)

·         Archives de Nimègue

·         Archives des Pays Bas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] . Famille protestante de négociants suisses originaires de Saint-Gall, installée à Marseille.

[2] . Archives régionales de Nimègue, Commune wallonne de Nimègue, n°12, Registre des députés de la Commune wallonne réformée de Nimègue.



[3] . Le Royal Louis est le premier navire d’une série de 6 bateaux de premier rang de la Marine française, servant de vaisseau amiral à la flotte du Levant basée à Toulon.

[4] Grégoire Gasser, Dictionnaire d'Histoire maritime, sous la direction de Michel Vergé-Franceschi, collection Bouquins, éditions Robert Laffont, 2002,

[5] . Éric Rieth, Circulation des techniques de construction navale du Moyen Âge à l’épave de la Jeanne Élisabeth (1755).


 

jeudi 2 mars 2023

Famille Brun de Castellane

 



La famille Brun de Castellane est associée à la seigneurie de Caille et de Rougon. Balthasar Brun ajouta à son nom celui de Castellane en vertu des clauses du testament de sa mère. Il épousa en 1558 Lucrèce d’Ambrois et eut avec elle Paul, Joseph, Jean-Baptiste. Joseph épousa Honorade d’Albert, fille du seigneur de Régusse, ils eurent plusieurs enfants dont Alexandre et Jean.

Le 15 mai 1655, à Manosque 1, Scipion Brun de Castellane se marie à Judith de Legouche, fille de Corneille, seigneur de Saint-Étienne, des Orgues et de Cruis, et de Dlle Anne Bourdin. Corneille Legouche, était un protestant natif d’Amsterdam. Judith mourra des suites de son accouchement le 9 mars 1679 après la mort de son fils Jean, le 11 février. Avant de mourir, elle a fait son testament, en faveur de son fils Isaac.


L’histoire retient de Scipion qu’il aurait, en octobre 1685 subi la présence des dragons dans sa maison mais n’aurait pas abjuré, contrairement à son beau-frère Jacques Bibaud, seigneur du Lignon 2. Il quitte le royaume de France avec son fils Isaac, alors âgé de 21 ans et s’installe avec lui à Lausanne où il le fait étudier. Isaac mourra à Vevey, le 15 février 1696. Scipion, lui, mourra à Lausanne le 6 mars 1709, âgé de 63 ans 3, après avoir dans ses dernières années été confronté à une épreuve supplémentaire aggravant le chagrin de la mort de son fils. En effet, en 1699, un certain Pierre Mège soldat de la marine du roi, prétend être Isaac de Castellane, seigneur de Caille, revenu de Suisse où il aurait été conduit par un père autoritaire et peu aimant. La cour d’Aix en Provence le reconnaîtra comme tel le 14 juillet 1706 ; toutes les preuves relatives à la mort d’Isaac en Suisse fournies par son père ne seront pas reconnues par la cour de justice d’Aix. Il prendra possession des biens que lui avait laissés Judith de Legouche et se mariera à Madeleine Serry. L’affaire se poursuivra en cassation, au vu des doutes de plus en plus évidents sur sa véritable identité. La sœur de Scipion, ainsi que d’autres membres de la famille, spoliés, tenteront de récupérer leurs biens. Pierre Mège sera condamné finalement par le Parlement de Paris et déchu. Il mourra en prison peu de temps après. Scipion mourra sans avoir vu l’issue favorable du procès en cassation.

Les Brun de Castellane apparaissent dans le registre du pasteur Bouer du Luc, tenu entre 1670 et 1679 :

  • Honorée (de Caille) Brun de Castellane,
    Marraine de Jacques Requiert (06/09/1670)
    Baptême de se sa fille Madeleine Bibaud (16/03/1671)
    Marraine de Paul Jacquet (18/12/1671)
    Baptême de sa fille Angélique Bibaud (22/03/1672)
    Marraine d’Honorée Bibaud (08/01/1673)
    Baptême de sa fille Marguerite Bibaud (20/04/1673)
    Baptise sa fille Marie Bibaud le 18/05/1674)
    Marraine d’Honorée Boisson (19/04/1675)
    Baptême de son fils Henri Bibaud (30/04/1675)
    Marraine de Catherine Bibaud représentée par Dlle Élisabeth Bibaud (30/03/1676)
    Baptême de son fils Jacques Bibaud (07/09/1676)
    Baptême de son fils Jean Bibaud (04/01/1678)
    • Jean Brun de Castellane, parrain de Madeleine Bibaud, représenté par Émile Bardel (16/03/1671)
    • Scipion Brun de Castellane, parrain de Marguerite Bibaud (20/04/1673)
    • Marguerite de Poceau
      Marraine de Marguerite Maillet (22/03/1672)
      Marraine d’Angélique Bibaud (22/03/1672), marraine d’Henri Bibaud (30/04/1675)
    • Judith de Legouche
      Marraine de Marguerite Bibaud (20/04/1673)

    Notes :
    1. Contrat de mariage, notaire Laugier.
    2. Alain COLLOMP, “Les protestants de Manosque et la révocation de l’Édit de Nantes : une identité détruite”, in Événement, identité et histoire, dir. Claire DOLAN, Éditions du Septentrion.
    3. Switzerland, Vaud, Lausanne – Mariages, sépultures, à Lausanne, Ms 376, 1676-1748.



     



      


    vendredi 24 février 2023

    Abjurations à Arles (1677-1685), mise à jour

    Archives communales Arles - Relevés en ligne effectués par le service des archives.

    Arles, Sainte-Croix, registres paroissiaux catholiques, cote : GG 194


    1685

    Image 31

    12/10/1685

    Abjuration de Claude CHENAS de Nîmes, maître teinturier, habitant Arles depuis plusieurs années.

    Témoins : François PRAT, Bernard CLARY, André DOU.

    A fait abjuration de toutes les erreurs et hérésies condamnées par la Ste Eglise notamment celle de Calvin et a fait profession publique de la religion catholique appostolique romaine entre mes mains à ce commis par Mr de GERARD vicaire général du diocèse l'ayant admis à la communion des fidèles et absous des excommunications et censures par lui encourues.

    Signé : MASSON, curé.
    Une croix à côté des signatures des témoins représente la marque dudit Meyzonet.

    vendredi 11 novembre 2022

    Marcel Sicard (1898-1918) Souvenons-nous

     Souvenons-nous de tous ces Marcel Sicard qui sont partis au combat sans jamais vraiment imaginer qu’ils n’en reviendraient pas. Comme l’a écrit Henri  Barbusse, « Ce ne sont pas des soldats: ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine[...] Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu'on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés »[1]


    Marcel Sicard est né le 21 novembre 1898 à Robiac Rochessadoule,  dans le Gard. Il est le fils de Jules Jean SICARD et de Léa SILHOL.

    Pendant la guerre de 14-18, il est intégré au 116ème bataillon des Chasseurs alpins. Classe 1918, matricule 1164 (recrutement Pont Saint Esprit).



    Le 15 août 1918, il écrit ceci à ses parents. Apparemment, il sort de convalescence, de maladie ou de blessure. (Transcription littérale)

    « Bien cher parents,

      Deux mots pour vous donnez de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour le moment. Désire de tout cœur que ma présente vous en trouve tous de même. Suis toujours a faire le charpentier. On monte des baraques Adrien. C'est le filon ou on en fait pas trop et pas pénible. Je pense venir bientôt en perme mais je ne sais pas le jour. J'ai passé le conseil de réforme et on ma mis apte a faire campagne alors vous voyez que j'ai changé. Il semble qu'on ma couflé avec un soufflêt, je suis bien le double que quand j'étais en en convales, mais seulement je me suis soigné ; comme lait œufs et fortifiant, j'ai pris quelque chose ! Car le major m'avait dit que si je me soigné pas, je serais bientôt poitrinaire et alors, pensé si je voulais arrivé à être dans cet état ! Mais maintenant ça va très bien, je peux aller voir fritz, je pense que je pourrais le repousser.

    Je pense que Gaston doit être toujours parmi vous. J'aimerais de pouvoir venir passé quelques jours avec lui, ce qui pourrait arrivé.

    Et le poulain, que fait-il ? Il doit sauter salement avec les chaleurs, il ne doit pas rester trop tranquille. Je vais vous quittez.

                Recevez cher parents frères et sœurs les meilleurs baisers et caresses.                      

    Votre fils et frère, Marcel.

    Bien le bonjour aux cousins et cousines. »

    Il n’aura pas l’occasion de revoir le poulain ni sa famille ; malgré son assurance de repousser fritz, un peu plus d’un mois plus tard, il tombera sous le feu ennemi, dans l’Aisne. 

                                                


    Voici dans quelles circonstances il perdit la vie, ce 18 septembre 1918. Le journal de marche du 116ème bataillon de chasseurs alpins [1] raconte cette terrible journée.

    … Le bataillon quitte ses emplacements à 23 h et traverse en petites colonnes très espacées la région dévastée de Roupy Sary, franchissant sans dommages des zones battues par l’artillerie, qu’on ne peut éviter. (17/09)

    18/09

    À 2 h, tout le monde est en place dans la parallèle de départ. L’ennemi est à quelques centaines de mètres, le chemin dans le talus duquel se terrent les chasseurs est pris d’enfilade par des mitrailleurs, il pleut.  À l’heure H, 5 h 25, gradés et chasseurs mouillés car la pluie continue de tomber, s’élancent hors du chemin creux. Il fait nuit noire, on se dirige à la boussole derrière le barrage roulant vers les mitrailleuses qui claquent avec intensité.

    En 1ère vague la 2ème Cie (capitaine Duhamel) et 3ème Cie, la 1ère Cie, et un peloton de mitrailleuses avec le lieutenant Julien. De nombreuses fusées vertes et rouges jaillissent et le barrage boche se déclenche n’arrêtant nullement l’élan des vagues d’assaut. Les premiers prisonniers faits sont des mitrailleurs restés à leur place jusqu’à la dernière minute. Un épais brouillard augmente encore l’obscurité, les liaisons et l’orientation sont très difficiles. Après une forte résistance à la voie ferrée forcée par le tir en marchant, des mitrailleuses et des fusils mitrailleurs et où de nouveaux prisonniers furent faits, l’objectif intermédiaire est atteint. Pendant cette progression, un boche, après avoir fait « Kamarade », blesse le sous-lieutenant Monteux à la figure.

    À 6 h 30, l’avance continue, le bois Margerin est contourné par le sud-est, les fractions de gauche et la compagnie de soutien le traversent. La progression est difficile, le bois étant un chaos inextricable de ronces, fils de fer, arbres abattus, branchages. Le caporal Deygas, à la tête de 6 pionniers, fait 15 prisonniers, dont un officier.

    À la sortie du bois, 200 m à peine restent à franchir pour s’emparer de la tranchée, objectif final, mais le feu des mitrailleuses est de plus en plus nourri, la progression continue néanmoins et les vagues d’assaut viennent se heurter à un double réseau de fil de fer barbelé intact, qu’on ne connaissait pas. Protégée par nos mitrailleuses et nos VB[2], la première vague essaie de franchir ce réseau, les boches lèvent les bras, mais se ressaisissent peu après, leurs mitrailleuses crépitent à nouveau, fauchant notre première vague. Le capitaine Duhamel et une dizaine de chasseurs sont tués, une cinquantaine sont blessés. Les chefs de section font replier leurs fractions en rampant et sous le feu des mitrailleuses qui rasent le sol, une ligne de parapets individuels s’établit.

    L’ennemi s’acharne sur les blessés. Le brancardier Maurin veut malgré tout leur porter secours, il s’avance en agitant son brassard et est abattu d’une balle après avoir terminé son deuxième pansement.

    À la nuit, le bataillon se reforme sur les lisières du Bois Margerin et la préparation est reprise sur la tranchée ennemie. Le sous-lieutenant Vanemhen commandant la 1ère Cie est blessé. 


    Ses restes reposent au carré de corps restitués du cimetière protestant de Saint-Chaptes.



    Carré des corps restitués, cimetière de Saint-Chaptes

    Monument aux morts, Saint-Chaptes


    Plaque commémorative, temple protestant de Saint-Chaptes







    [1] http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/e005277eaaddfa5c/5277eaaf0ca6f

    [2] VB Grenade à fusil française (du nom de son inventeur Vivien Bessières)


    [1] Henri BARBUSSE (1873-1935), Le Feu, journal d’une escouade (1916).

    jeudi 20 octobre 2022

    Le fromage et les vers, Carlo Ginzburg. L'histoire de Menocchio, meunier frioulan condamné pour hérésie.

     


     

    « Tout était chaos, c'est-à-dire terre, air, eau et feu ensemble ; et que ce volume fit une masse, comme se fait le fromage dans le lait et les vers y apparurent et ce furent les anges » 


    Voilà la conception personnelle du monde, exprimée par Menocchio, à la fin du XVIème siècle. Elle fut considérée par l'Inquisition comme hérétique et le procès qui s'ensuivit conduisit le meunier au bûcher. 

    C’est l’historien Carlo Ginzburg qui, en 1980[1], a fait connaître le destin de cet individu que rien, par sa condition sociale ne destinait à la postérité. Il l’a fait par l’étude méticuleuse des dossiers de tous les procès tenus contre Menocchio. Ouvrage exceptionnel tant par l’interprétation et la mise en perspective des éléments, que par sa qualité d’écriture. Il est devenu, à juste titre, l’ouvrage emblématique du courant de la microhistoire, représenté par l’auteur et ses collègues du groupe Quaderni Storici. Ce courant historiographique donne sa place au « paradigme de l’indice », à l’individu banal, car « la singularité reconstruite prime sur la régularité décrite [2]». Nous sommes donc bien loin de l’histoire quantitative, dominante dès les années 50, insuffisante à elle seule pour donner une vision complète du monde d’autrefois.  Sous la plume de Carlo Ginzburg, Menocchio devient un personnage et nous découvrons à travers ses récits ce que pouvait alors être la culture populaire, curieux mélange des ouvrages en circulation et d’anciennes croyances médiévales. Culture moins étudiée par les historiens que celle des élites, car beaucoup plus difficile à reconstituer.

    La microhistoire, parce qu’elle s’intéresse aux individus plus qu’aux groupes sociaux, réhabilite le récit et Carlo Ginzburg possède aussi ce talent d’écriture. Cela a grandement contribué au succès de l’ouvrage qui fut traduit en plus de vingt langues. Un livre à lire ou à relire.

    Pour en savoir plus sur la microhistoire :

    https://www.appy-histoire.fr/publications/465-la-micro-histoire-ou-le-paradigme-de-lindice

    https://www.youtube.com/watch?v=FIFUjdxPk9s

    Interview de Carlo Ginzburg :

    https://www.youtube.com/watch?v=BriBOQuf8Ls   

    Menocchio, le film (bande annonce) :

    https://www.youtube.com/watch?v=1l09NL-df3Q

     

     

     

     



    [1] Le fromage et les vers, Carlo Ginzburg, publié en 1976 et traduit en français en 1980

    [2] Jean-Yves Grenier.