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samedi 16 avril 2022

Le Titanic ou les voies tortueuses du destin

 

    Cela fait 110 ans qu’a eu lieu le naufrage du Titanic, et on en parle encore aujourd’hui, évoquant tous ces destins brisés. Ceux qui connaissent ma généalogie paternelle, savent qu’il y a eu dans la famille un héros de la résistance franco-britannique pendant la seconde guerre mondiale, Michaël Trotobas. Nous allons voir que le Titanic a, d’une manière assez insolite, impacté son existence même.



    Son père, Henri Noël, est le fils d’un charcutier de Cuers et d’une cuisinière de Grenoble. Il voit le jour en 1893 à Cuers. Très jeune, il manifeste un goût pour l’aventure et décide de partir pour l’Amérique, sans doute en quête d’une vie meilleure sous d’autres horizons. Alors qu’il a 19 ans, il part pour l’Angleterre avec un camarade, afin de s’embarquer sur l’un des nombreux paquebots qui traversent alors l’Atlantique. Arrivés en Angleterre, il est prévu qu’ils se rendent en train à Southampton, mais peut-être en raison de l’excitation du moment ou du manque de maîtrise de la langue, ils se trompent de train. Cette erreur, qui sur le moment sans doute les irrita fortement, fut néanmoins providentielle car ils devaient voyager sur le Titanic. Son camarade rentrera en France, ayant probablement interprété cet épisode comme un avertissement du destin. Mais lui, décidera de rester en Angleterre pour y continuer l’aventure. Il fera carrière dans l’hôtellerie, alors en plein essor, d’abord à Brighton où il rencontrera sa femme, Agnes Whelan, une irlandaise  venue elle aussi pour tenter sa chance. Leur fils Michaël viendra au monde en mai 1914 ; en août de la même année, Henri Noël part à la guerre de 14-18, il sera fait prisonnier et ne fera véritablement la connaissance de son fils que 4 ans plus tard. Agnes mourra jeune, en 1923. Il continuera sa vie en Angleterre tout en faisant de fréquents séjours dans le sud de la France, puis se remariera à Londres où il terminera sa vie.



Dans tous les événements dramatiques, il y a des anecdotes de ce genre.  Nous n’en sommes que les narrateurs mais il y a fort à parier que ceux qui les ont vécues ainsi que leurs proches en ont gardé à tout jamais un puissant souvenir transmis d’une génération à une autre.

samedi 2 avril 2022

Famille Bibaud

 Les Bibaud, famille protestante noble, fréquentant la communauté du Luc

    Le registre pastoral de Jean Bouer, tenu de 1670 à 1679, mentionne plusieurs membres de la famille de Bibaud. C’est une famille protestante noble, originaire de La Rochelle et installée en Provence. En voici une brève reconstitution.

Jacques Bibaud, est né en 1594, à La Rochelle, il est conseiller du roi et directeur de la Compagnie générale des Indes occidentales. Il est marié à Louise Gassan, avec qui il aura au moins 5 enfants.

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En rose sont indiqués les enfants baptisés au Luc.

Dans le registre du Luc apparaissent :

Jacques Bibaud, fils de Jacques, seigneur du Lignon avec sa femme, Honorée de Caille : ils font baptiser leurs 7 enfants : Madeleine, Angélique, Marguerite, Marie, Henri, Jacques, Jean.

Aymé Bibaud, autre fils de Jacques, seigneur de Sosigny, commissaire des gardes de la Marine de France, avec sa femme, Marie de Montchard Hammilton. Ils font baptiser 2 enfants : Honorée et Catherine.

Nous trouvons aussi la mention de Georges Pélissary (1628-1676), seigneur de la Bourdaisière, trésorier général des galères puis de la Marine, époux de Madeleine Bibaud. Celle-ci, née le 15 décembre 1632, fille de Jacques et Louise Gassan, s’enfuira en Angleterre en 1686 avec sa fille Julia, elle serait morte le 3 décembre 1689 à Nimègue. Georges Pélissary est le parrain d’Angélique Bibaud, sa nièce (fille de Jacques). Sa femme Madeleine est marraine de Madeleine Bibaud, sa nièce (autre fille de Jacques). Angélique Bibaud, sœur de Jacques et Aymé est marraine de sa nièce Angélique. Elle et Georges Pélissary ont eu comme enfants : Angélique Madeleine Pélissary (1655-1736), Barthélémy Pélissary, bourgeois de Genève, Julie Pélissary, Anne Pélissary. Frères et sœurs de Madeleine : Henri Bibaud, bourgeois de Rolle (1628) Angélique Bibaud (1637-1712), Aymé Bibaud, commissaire des Gardes de la Marine de France (1638-), Jacques Bibaud (1640 -).

Voici les enfants Bibaud baptisés au Luc entre 1671 et 1672.

Honorée Bibaud, fille d’Aymé Bibaud et de Marie de Montchard, dame de Sosigny, est née le 30 décembre 1672 et baptisée le 8 janvier 1673. Son parrain est Jacques Bibaud, seigneur du Lignon et sa marraine Honorée de Caille, ses oncle et tante.

Catherine Bibaud, autre fille d’Aymé Bibaud et de Marie de Montchard, dame de Sosigny, est née le 23 mars 1676 et baptisée le 30. Son parrain est M. de Louvigny, représenté par Sr François Asquier. Sa marraine, Mme de Caille, est représentée par delle Elisabeth Bibaud.

Madeleine Bibaud, fille de Jacques Bibaud, seigneur du Lignon, trésorier de la Marine à Toulon et d’Honorée de Caille, dame du Lignon ; elle est née le 2 mars 1671 et baptisée le 16 mars de la même année. Son parrain est le Sr Jean de Brun de Castellane, seigneur de Caille et du Rougon. Sa marraine est sa tante, Madeleine Bibaud, dame de Pélissary, elle est représentée le jour du baptême par delle Marguerite de Posseau, dame de Caille.

Angélique Bibaud, sœur de la précédente est née le 13 mars 1672 et baptisée le 22 du même mois. Son parrain est son oncle, Georges Pélissary, représenté par Paul de Louvigny, seigneur d’Orgemont. Sa marraine est sa tante, Angélique Bibaud, représentée par delle Marie de la Rose.

Marguerite Bibaud, fille de Jacques Bibaud, seigneur du Lignon et d’Honorée de Caille, est née le 13 avril 1673 et baptisée le 20. Son parrain est son oncle, Scipion de Brun de Castellane, seigneur de Rougon et sa marraine, sa tante, Judith de Legouche, dame de Rougon, représentée par Marie de Le Gouche.

Marie Bibaud, fille de Jacques Bibaud, seigneur du Lignon et d’Honorée de Caille, née le 8 avril 1674 et baptisée le 18 mai. Son parrain est le sieur de la Pymante *. Sa marraine est Marie de Montchard, dame de Sosigny.

Henri Bibaud, fils de Jacques Bibaud et d’Honorée de Caille, est né le 21 avril 1675 et baptisée le 30. Son parrain est Aymé Bibaud, seigneur de Sosigny et sa marraine, Marguerite de Posseau, dame de Sosigny.

Jacques Bibaud, fils de Jacques Bibaud et Honorée de Caille, est né le 16 août 1676 et baptisé le 7 septembre. Son parrain est Émile Bardet, lieutenant dans les vaisseaux du roi et sa marraine, Elisabeth Bibaud.

Jean Bibaud, fils de Jacques Bibaud et d’Honorée de Caille, est né le 30 décembre 1677 et baptisé le 4 janvier 1678. Son parrain est Corneille Gaudemar, enseigne dans les vaisseaux du roi, et sa marraine, Susanne Guimon.

Leur mère, Honorée appartient à la famille de Caille, mentionnée parfois sous le nom de Calha, qui appartenait au XVIème siècle à la famille des seigneurs de Rougon. Vers 1672, la seigneurie de Caille passa par héritage aux Brun de Castellane. Elle est la sœur de Scipion Brun de Castellane, huguenot qui s’exila en Suisse et défraya la chronique au tournant du siècle en raison d’une affaire d’imposture à l’identité dont fut victime son fils Isaac.

Famille de la Pymante (ou Piedmente). Le sieur de la Pymante apparaît à deux reprises dans le registre Bouer, il s’agit de François Pournas, marchand drapier lyonnais. Les Pournas étaient une riche famille huguenote notable de Lyon. Léonard, drapier, échevin de la ville et ancien de l’Église Réformée, s’installa à Genève en compagnie de son fils et demanda à y être reçu comme bourgeois en 1572. (Église et société au XVIIème siècle, Roger Stauffenegger, page 728).



vendredi 1 avril 2022

Famille Hervart, des banquiers huguenots

 

Le registre pastoral du Luc, tenu par Jean Bouer entre 1670 et 1679 mentionne une famille huguenote connue, celle des Hervart *, financiers bien introduits auprès de la monarchie française **. Il s’agit d’une famille de banquiers protestants, originaire d’Augsbourg. Ulrich, en 1584 alla s’installer à Lyon.


Dans le registre Bouer, nous trouvons mention, en 1672, de Jehan Henri Hervart, seigneur de Huningue et de delle Esther Hervart, dame du Gouvernet ; ils interviennent comme parrain et marraine de Jean Henry Geoffroy, fils de Sr Jean Henri Geoffroy, de Toulon et de delle Anne Catherine Manlin. Ils ne sont pas présents pour la cérémonie et sont représentés par des tiers.

 Barthélémy et Jean Henry Hervart, frères, bien qu’installés à Lyon avaient eu des liens avec la Provence, dans la ville d’Aix, mais surtout par l’entreprise d’assèchement des marais qu’ils ont menée dans la région d’Arles. Jean Henry s’était même installé en Provence en 1655. On comprendra pourquoi il portait alors le titre de seigneur des Marais. Cette affaire d’assèchement périclita dans les années 1670 et Jean Henry en 1675, se retira de l’affaire, laissant à son fils Philibert une partie des marais en échange d’une partie de la seigneurie de Huningue. Cette seigneurie alsacienne avait été donnée à la famille Hervart par le roi de France en 1642, signe de toute la confiance que la famille de financiers avait suscitée auprès de Louis XIII et de Richelieu. Barthélémy avait soutenu financièrement la monarchie lors de la Fronde et lors de l’arrestation de Fouquet.

Esther Hervart fille de Barthélémy, elle épousa Charles de la Tour du Pin et devint ainsi marquise du Gouvernet, seigneurie du Dauphiné. Attachée à sa religion, elle eut la permission en 1686 de partir pour l’Angleterre à condition de laisser ses enfants en France. Elle y fut naturalisée en 1691. Elle fut inhumée à Westminster Abbey en 1722.

 Ci-dessous deux portions simplifiées des descendances de Barthélémy et de Jean Henri Hervart.



* Herwart.
** Claude Dulong, Mazarin et l 'argent, banquiers et prête-noms, Paris, École des Chartes, 2002.





dimanche 13 mars 2022

Héléon Gaudemar, pasteur protestant réfugié en Hollande en 1694

    

 Au hasard de mes recherches sur le refuge huguenot en Hollande, suite à la révocation de l'édit de Nantes en 1685, j'ai trouvé deux actes dans les archives de la ville d'Amsterdam. Ils concernent Héléon (Elie) Gaudemar, qui fut pasteur à Manosque. Il s’agit de l’annulation de son contrat de mariage puis de sa sépulture.

À la publication de l’édit de Fontainebleau, il décide de fuir. Le 15 juin 1687, il se trouve à Francfort sur le Main, où il reçoit 6 florins et dit désirer partir pour la Hollande [1]. Il est originaire de Manosque où il a exercé son ministère pendant 15 ans.

L’acte notarié ci-dessous est un acte de révocation d’un contrat prénuptial, daté du 9 juillet 1694.

 

 

Archives de la ville d’Amsterdam

 Amsterdam

Archives notariales

  Notaire : Joan Hoekeback

N° d’archive : 5075

N° inventaire : 5849

1694

Transcription : Françoise APPY

 

 

Numéro d'acte : 520230

 

Le 9 de juillet 1694,

Par devant moy, Jean Hochebak not.  Est le 8, Hélion Gaudemar ministre de Manosque en Provence d’une part ; et demoiselle Jacquette Pensier jeune fille majeure, assistée de Sr Pierre Goulan, ministre et de moy, not. pour autant que de besoin d’autre part, déclarant de bon gré, france volonté et tout volontairement, avoir cassé et renoncé au contract de mariage faitte entre lesd. Parties, pardevant moy not et tesmoins, en datte le 25 de may 1694, comme ils le cassent, annullent et revocquent par la présente, sans que l’une ou l’autre des dittes parties n’en fairont, ni pourront faire demande, poursuitte, action ou, pretension quiel… l’un contre d’autre respectivement, ainsy quittent et se dechargent de touttes promesses engagements et obligations, comme si led contract de mariage ou autres paroles actions ou engagements n’estoient jamais passé entre lesd parties pour le fait de mariage et se pour des raisons connues entre lesd parties. Promettants tenir la présence et la faire valoir a jamais tant et là où il conviendra ; a ce obligeants leur personnes et biens, les soubsmettants conformément au droit.

Ainsy fait et passé à Amsterdam, en présence de Sr Simon Gibert ministre réfugié, du Sr Pierre Régis, doct en médecine et du Sr Michel Duciera marchand habitant de cette ville, tesmoins a ce requis.

Gaudemar, min                Pansié

Gibert                   Regis                     Coulan

Hochebak not                   Damien

 

 

Archives de la ville d’Amsterdam

 Amsterdam

Sépultures

N° d’archive : 5001

N° inventaire : 1131

1687-1743

Transcription : Françoise APPY

 

  

Numéro d'acte : DTB 1131[1] f° 23

 

 

13 novembre 1694

Héléon Gaudemar  prédicateur réfugié a été enterré…





[1] Cimetière : Église réformée Fransch ou Waalsch.

jeudi 10 février 2022

Les langues à l'École Primaire



Le programme d’Éric Zemmour entend supprimer l'enseignement des langues afin de recentrer les horaires sur les matières comme le français et les mathématiques. La question des horaires est certes importante ; néanmoins il ne faudrait pas oublier que si les méthodes pédagogiques sont inefficaces, doubler les heures de français ou de mathématiques ne changera rien.

Concernant les langues étrangères, je suis très favorable à un apprentissage précoce, à condition toutefois qu’il soit fait correctement, par des méthodes efficaces et par des enseignants formés à cela.

Or, on ne s’improvise pas professeur d’anglais ou d’allemand quand on ne maîtrise même pas la langue. Ce qui est une évidence pour le citoyen lambda, ne l’est pas pour l’Éducation Nationale. Voici un bref aperçu des errements de l’Éducation Nationale ces dernières décennies. Cela a commencé avec la loi Jospin en 1989. Il était question d’Enseignement d’Initiation aux Langues Étrangères, EILE.

L’Éducation Nationale est partie du principe que les enseignants du Primaire allaient réaliser cet enseignement. Un peu comme si, du fait que les élèves soient jeunes, un non spécialiste de la question pouvait faire l’affaire. Puis, on a rétorqué aux esprits chagrins qui s’en désolaient, qu’on allait leur fournir les outils nécessaires et qu’il n’était pas indispensable de maîtriser la langue pour l’enseigner. Ce qui est conforme à l’idéologie constructiviste qui voit l’enseignant, non comme un transmetteur mais comme un accompagnateur. Les outils sont donc arrivés, sous forme de cassettes vidéo.  Il suffisait donc d’avoir accès dans son école, à un magnétoscope,  et de savoir l’utiliser (nous étions au début des années 90 et nous étions loin d’avoir un magnétoscope par classe [*]). Les élèves suivaient plus ou moins les activités de la cassette. Puis ils passaient à autre chose en attendant le prochain visionnage la semaine suivante. L’enseignant regardait avec eux et pouvait même corriger les cahiers pendant ce temps. Bref, des débuts fort prometteurs.

Si au commencement, l’anglais était la langue la plus fréquemment choisie, il y en a eu ensuite d’autres, y compris les langues régionales. Le choix était libre. J’ai vu au sein d’une même école plusieurs langues, selon les classes, selon les aptitudes et envies des enseignants. Et je ne parle pas du cas où l’élève changeait d’école. Tout au long de ces années, aucune évaluation de cet enseignement n’a été effectuée. Par la suite, les années passant, et il a été décidé que les enseignants les plus âgés devraient passer, s’ils le voulaient, une habilitation pour l’enseignement d’une langue étrangère. Sans quoi ils feraient un échange de service avec un autre enseignant habilité. Pourquoi les plus âgés ? Car dans leur concours de recrutement, il n’y avait pas eu d’épreuve de langue. Pour les autres, même s’ils n’avaient pas brillé à cette épreuve de langue, ils étaient considérés comme aptes…

Cette épreuve d’habilitation consistait en une épreuve orale au cours de laquelle, on devait parler sur un texte donné et tenir une conversation.  Quasiment tous ceux qui l’ont passée, l’ont obtenue, quel que soit leur niveau dans ladite langue. 

A alors commencé dans les écoles la valse des échanges de service entre ceux qui pouvaient enseigner, ceux qui voulaient, ceux qui voulaient mais ne pouvaient pas, ceux qui voulaient mais maîtrisaient une langue non présente dans l’école etc… En même temps, les éditeurs ont commencé à publier des méthodes ou plutôt des packs hors de prix comprenant manuels, livrets de l’élève consommables, CD ou autres supports numériques dont la qualité pédagogique reste encore à démontrer.  Il  y aurait énormément à dire sur ces outils, que j’ai essayés maintes fois, certes très tape à l’œil, mais très inefficaces. Comme toujours, les enseignants, n’ayant pas les moyens d’investir, bricolent, photocopient. Moralité, les élèves n’apprennent guère plus que What’s your name et How old are you ? Je n’exagère guère.

Personnellement, j’ai fini, une fois de plus, par fabriquer mes propres outils, ce qui m’a pris énormément de temps et n’a été possible que grâce à la présence dans ma classe d’un T.B.I. et à un intérêt personnel pour la langue anglaise. J’ai dispensé à mes élèves un enseignement assez éloigné, par les méthodes, de ce que nous demandaient les instructions officielles et les manuels à la mode. Sur l’année c’était satisfaisant, mais considérant le manque d’harmonie pédagogique dans l’école, peu impactant à un niveau plus large de la scolarité en langue. 

Nombre d’enquêtes ont montré qu’en début de sixième, il n’y avait aucune différence entre les élèves ayant suivi cet enseignement et ceux qui ne l’avaient pas suivi. Et quand on pouvait percevoir une légère différence, celle-ci disparaissait complètement au bout d’un mois. Malgré tout, on continue cet « enseignement », malgré plus de 30 ans d’inefficacité totale visible par tous.

Le niveau est tellement bas aujourd’hui que des entreprises qui embauchent des jeunes, par ailleurs compétents dans leurs domaines, sont obligées de les former à la maîtrise de l’anglais. N’est-ce pas la preuve que l’enseignement public a failli?

Dans ces conditions, il serait plus sage de supprimer cet enseignement, en attendant peut-être d’introduire une approche efficace et professionnelle ce qui nécessiterait des méthodes éprouvées et un personnel formé. Ce serait folie, que de persister dans cette même voie, en attendant un résultat différent. [**]



[**] « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » citation attribuée à Einstein.


[*] Ce serait un autre sujet mais il faut rappeler que les moyens des écoles primaires dépendent des communes, lesquelles sont inégalement motivées et nanties pour les équiper matériellement. Une grande injustice de traitement en France.

jeudi 3 février 2022

L'autorité à l'École

 

Il y a dans le programme d’Éric Zemmour, un chapitre concernant le retour de l’autorité et de la discipline. Il évoque le retour de la blouse, je n’y reviendrai pas ; mais aussi la suppression des allocations familiales pour les familles d’élèves perturbateurs ou absentéistes. C’est sans doute une piste, insuffisante à elle seule.

Avant toute chose, voyons ce qui se cache derrière le terme autorité à l’École.

Déjà, chacun aura remarqué que ce mot, dans la pensée dominante, a mauvaise presse; il est confondu à tort, avec autoritarisme. Pourtant ce sont deux choses différentes. Les enseignants eux-mêmes dans leur grande majorité, se défendent de faire preuve d’autorité. Or, l’autorité est une condition sous-jacente indispensable pour des enseignements réussis. Elle se décline sous plusieurs formes.

L’autorité de statut, ou autorité conféré par le droit, est attribuée par le diplôme d’enseignement. Elle permet d’avoir des exigences, de les faire respecter en sanctionnant au besoin les transgressions. C’est un devoir et une responsabilité. Elle pose problème à nombre d’enseignants peu éclairés, lesquels refusent d’avoir une position hiérarchique par rapport aux élèves et l’assimilent à de l’autoritarisme. Cette autorité s’appuie uniquement sur la loi, on pourrait la comparer à celle de l’arbitre dans le milieu sportif. Elle n’est ni dégradante ni humiliante pour l’élève dès lors que les rôles de chacun sont explicités. Il faudrait, par la formation initiale, former les enseignants à cela et détruire les mythes qui règnent encore dans la profession à cet égard.

L’autorité de compétence ou expertise professionnelle, repose sur la maîtrise des contenus à enseigner et l’aptitude à les transmettre. Elle est liée à la précédente, et malheureusement depuis fort longtemps,  elle est remise en cause, tout au moins à l’École Primaire, par les parents d’élèves qui se mêlent de pédagogie ou de contenus. Voilà une piste à suivre pour redonner de l’autorité : revoir la place des parents d’élèves dans l’école. Mais aussi s’assurer, par une formation de qualité, que les enseignants sont au niveau de leur mission.  Par exemple, quand un enseignant ne maîtrise pas l’orthographe ou la grammaire, pour citer une situation observée plusieurs fois, peut-on reprocher au parent d’élève de venir lui en faire grief ?

L’autorité relationnelle ou autorité personnelle est l’influence que peut avoir une personne par sa présence, ses qualités relationnelles, son aptitude à convaincre, à rassembler. Elle n’est pas innée mais s’acquiert par le travail et l’éducation. Elle s’accompagne de respect, d’empathie, d’écoute, de considération positive qui en font une véritable autorité éducative. Elle consiste à développer une présence, à mieux communiquer verbalement et non verbalement, à entrer en relation individuelle avec les élèves. La limite est parfois ténue entre ce type d’autorité, et le désir d’utiliser son ascendant pour être aimé ou pour formater les esprits. On pourrait éduquer à cette forme d’autorité dans une formation initiale véritablement professionnalisante.

L’autorité intérieure est plus intime ; il s’agit maîtrise de soi permettant de se contrôler dans des situations de classe compliquées quand surviennent des sentiments comme la colère, la peur, l’irritabilité, le besoin de pouvoir, l’envie de plaire, le besoin d’être aimé. L’enseignant, même débutant, doit rester maître de lui-même, établir le recul nécessaire afin de ne pas succomber aux réactions spontanées qui ne sont pas forcément réfléchies et efficaces. Là aussi, la formation peut jouer, tout comme un recrutement adéquat.

L’autorité sociale ou statut de l’enseignant dans la société, s’est notoirement dégradée lors des dernières décennies. L’une des raisons en est le salaire. Le statut d’une profession, de fait, est très lié à son salaire. Nous savons que les enseignants français sont sous-payés par rapport aux autres pays européens. On constate aussi que l’État, outre la question des salaires, n’a pas une grande considération pour son personnel enseignant. J’en veux pour exemple son attitude durant la crise sanitaire, ou lorsque des enseignants sont agressés voire pire. Peut-on reprocher à la société de déconsidérer ses enseignants quand l’État lui-même ne montre pas l’exemple ? L’autorité sociale découle aussi des autres formes citées plus haut.

Pour rétablir l’autorité, il faudrait que l’État premièrement, donne les preuves qu’il considère et soutient son personnel enseignant, autrement que par des paroles. Qu’il fasse sortir des écoles tous ceux qui n’ont rien à y faire en matière d’instruction. Que la formation soit véritablement professionnalisante, y compris aux différentes formes de l’autorité énumérées ci-dessus.  Mais surtout qu’il redéfinisse clairement les buts et les moyens de l’école et que soit éradiqué tout ce qui fait actuellement obstacle à cette autorité. Cela nécessiterait une forte volonté politique, c’est-à-dire le courage d’entreprendre des réformes susceptibles de susciter la hargne du pédagogiquement correct à tous les étages de la hiérarchie, et celle d’un très grand nombre de parents d’élèves, habitués depuis trop longtemps à s’immiscer dans les écoles et à expliquer aux enseignants comment faire leur métier. Espérons qu’Éric Zemmour aura cette détermination.

Voir aussi sur la question le très intéressant ouvrage de J.C. Richoz, Gestion de classes et d'élèves difficiles, Favre HEP, 2010 Édition revue et augmentée.


mercredi 2 février 2022

Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson, 2011



Sylvain Tesson nous emmène avec lui pendant 6 mois dans une cabane en Sibérie, près du lac Baïkal. Une solitude seulement rompue par une caisse de livres qui ont voyagé avec lui, deux chiens, dans une nature glaciale et magnifique qui est un personnage à elle seule. On ne peut que réfléchir en profondeur dans de telles circonstances, et reconsidérer la hiérarchie de ses priorités ; c’est ce que fait l’auteur, avec brio et poésie. 

Un livre qui réchauffe l’âme malgré son titre et qu’il est bon de déguster à petites lampées au coin du feu.

Quelques passages pour vous mettre l’eau à la bouche :

« Je pense au destin des visons. Naître dans la forêt, survivre aux hivers, tomber dans un piège et finir en manteau sur le dos de rombières dont l’espérance de vie sous les futaies serait de trois minutes… Si encore les femmes couvertes de fourrure avaient la grâce des mustélidés qu’on écorche pour elles. » (p.39)

« Côtoyer les bêtes est une jouvence. » (p.111)

« Pour un moujik, la France offre deux sujets d’étonnement : que le peuple de la Grande Armée implore l’aide de son gouvernement quand il tombe deux centimètres de neige et qu’il laisse les cités brûler alors que trois mille soldats sont déployés dans les montagnes afghanes. » (p.152)

« Rien ne me manque de ma vie d’avant. Cette évidence me traverse alors que j’étale du miel sur les blinis. Rien. Ni les biens, ni les miens. Cette idée n’est pas rassurante. »(p.176)

« Il n’y a que chez moi, à Paris, que les intellectuels nourrissent une fascination à l’endroit de salauds et héroïsent les criminels. »(p.200)

« Je ferme les livres et pleure dans les poils de mes chiens. Je ne savais pas que la fourrure des bêtes absorbait si bien les larmes. Sur la peau des êtres humains, elles glissent. Les chiens, d’habitude sautent partout à cette heure. Ce soir, ils se tiennent tranquilles sous mon misérable petit déluge, penchant un peu la tête. »

« Qui a raison ?  Le moujik autarcique qui remet son âme au ciel mais ne pénètre jamais dans un magasin ? Ou le moderne athée, affranchi de tout corset spirituel, mais qui est contraint de téter les mamelles de système et de se plier aux injonctions imposées par la vie en société ? »(p.231)

« Une sieste sur les galets de la plage avec les chiens couchés sur moi. Aïka et Bêk, mes maîtres en fatalisme, mes consolateurs, mes amis qui n’attendez rien d’autre que ce que l’immédiat vous réserve dans la gamelle de la vie, je vous aime bien. »(p.266)