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dimanche 13 mars 2022

Héléon Gaudemar, pasteur protestant réfugié en Hollande en 1694

    

 Au hasard de mes recherches sur le refuge huguenot en Hollande, suite à la révocation de l'édit de Nantes en 1685, j'ai trouvé deux actes dans les archives de la ville d'Amsterdam. Ils concernent Héléon (Elie) Gaudemar, qui fut pasteur à Manosque. Il s’agit de l’annulation de son contrat de mariage puis de sa sépulture.

À la publication de l’édit de Fontainebleau, il décide de fuir. Le 15 juin 1687, il se trouve à Francfort sur le Main, où il reçoit 6 florins et dit désirer partir pour la Hollande [1]. Il est originaire de Manosque où il a exercé son ministère pendant 15 ans.

L’acte notarié ci-dessous est un acte de révocation d’un contrat prénuptial, daté du 9 juillet 1694.

 

 

Archives de la ville d’Amsterdam

 Amsterdam

Archives notariales

  Notaire : Joan Hoekeback

N° d’archive : 5075

N° inventaire : 5849

1694

Transcription : Françoise APPY

 

 

Numéro d'acte : 520230

 

Le 9 de juillet 1694,

Par devant moy, Jean Hochebak not.  Est le 8, Hélion Gaudemar ministre de Manosque en Provence d’une part ; et demoiselle Jacquette Pensier jeune fille majeure, assistée de Sr Pierre Goulan, ministre et de moy, not. pour autant que de besoin d’autre part, déclarant de bon gré, france volonté et tout volontairement, avoir cassé et renoncé au contract de mariage faitte entre lesd. Parties, pardevant moy not et tesmoins, en datte le 25 de may 1694, comme ils le cassent, annullent et revocquent par la présente, sans que l’une ou l’autre des dittes parties n’en fairont, ni pourront faire demande, poursuitte, action ou, pretension quiel… l’un contre d’autre respectivement, ainsy quittent et se dechargent de touttes promesses engagements et obligations, comme si led contract de mariage ou autres paroles actions ou engagements n’estoient jamais passé entre lesd parties pour le fait de mariage et se pour des raisons connues entre lesd parties. Promettants tenir la présence et la faire valoir a jamais tant et là où il conviendra ; a ce obligeants leur personnes et biens, les soubsmettants conformément au droit.

Ainsy fait et passé à Amsterdam, en présence de Sr Simon Gibert ministre réfugié, du Sr Pierre Régis, doct en médecine et du Sr Michel Duciera marchand habitant de cette ville, tesmoins a ce requis.

Gaudemar, min                Pansié

Gibert                   Regis                     Coulan

Hochebak not                   Damien

 

 

Archives de la ville d’Amsterdam

 Amsterdam

Sépultures

N° d’archive : 5001

N° inventaire : 1131

1687-1743

Transcription : Françoise APPY

 

  

Numéro d'acte : DTB 1131[1] f° 23

 

 

13 novembre 1694

Héléon Gaudemar  prédicateur réfugié a été enterré…





[1] Cimetière : Église réformée Fransch ou Waalsch.

jeudi 10 février 2022

Les langues à l'École Primaire



Le programme d’Éric Zemmour entend supprimer l'enseignement des langues afin de recentrer les horaires sur les matières comme le français et les mathématiques. La question des horaires est certes importante ; néanmoins il ne faudrait pas oublier que si les méthodes pédagogiques sont inefficaces, doubler les heures de français ou de mathématiques ne changera rien.

Concernant les langues étrangères, je suis très favorable à un apprentissage précoce, à condition toutefois qu’il soit fait correctement, par des méthodes efficaces et par des enseignants formés à cela.

Or, on ne s’improvise pas professeur d’anglais ou d’allemand quand on ne maîtrise même pas la langue. Ce qui est une évidence pour le citoyen lambda, ne l’est pas pour l’Éducation Nationale. Voici un bref aperçu des errements de l’Éducation Nationale ces dernières décennies. Cela a commencé avec la loi Jospin en 1989. Il était question d’Enseignement d’Initiation aux Langues Étrangères, EILE.

L’Éducation Nationale est partie du principe que les enseignants du Primaire allaient réaliser cet enseignement. Un peu comme si, du fait que les élèves soient jeunes, un non spécialiste de la question pouvait faire l’affaire. Puis, on a rétorqué aux esprits chagrins qui s’en désolaient, qu’on allait leur fournir les outils nécessaires et qu’il n’était pas indispensable de maîtriser la langue pour l’enseigner. Ce qui est conforme à l’idéologie constructiviste qui voit l’enseignant, non comme un transmetteur mais comme un accompagnateur. Les outils sont donc arrivés, sous forme de cassettes vidéo.  Il suffisait donc d’avoir accès dans son école, à un magnétoscope,  et de savoir l’utiliser (nous étions au début des années 90 et nous étions loin d’avoir un magnétoscope par classe [*]). Les élèves suivaient plus ou moins les activités de la cassette. Puis ils passaient à autre chose en attendant le prochain visionnage la semaine suivante. L’enseignant regardait avec eux et pouvait même corriger les cahiers pendant ce temps. Bref, des débuts fort prometteurs.

Si au commencement, l’anglais était la langue la plus fréquemment choisie, il y en a eu ensuite d’autres, y compris les langues régionales. Le choix était libre. J’ai vu au sein d’une même école plusieurs langues, selon les classes, selon les aptitudes et envies des enseignants. Et je ne parle pas du cas où l’élève changeait d’école. Tout au long de ces années, aucune évaluation de cet enseignement n’a été effectuée. Par la suite, les années passant, et il a été décidé que les enseignants les plus âgés devraient passer, s’ils le voulaient, une habilitation pour l’enseignement d’une langue étrangère. Sans quoi ils feraient un échange de service avec un autre enseignant habilité. Pourquoi les plus âgés ? Car dans leur concours de recrutement, il n’y avait pas eu d’épreuve de langue. Pour les autres, même s’ils n’avaient pas brillé à cette épreuve de langue, ils étaient considérés comme aptes…

Cette épreuve d’habilitation consistait en une épreuve orale au cours de laquelle, on devait parler sur un texte donné et tenir une conversation.  Quasiment tous ceux qui l’ont passée, l’ont obtenue, quel que soit leur niveau dans ladite langue. 

A alors commencé dans les écoles la valse des échanges de service entre ceux qui pouvaient enseigner, ceux qui voulaient, ceux qui voulaient mais ne pouvaient pas, ceux qui voulaient mais maîtrisaient une langue non présente dans l’école etc… En même temps, les éditeurs ont commencé à publier des méthodes ou plutôt des packs hors de prix comprenant manuels, livrets de l’élève consommables, CD ou autres supports numériques dont la qualité pédagogique reste encore à démontrer.  Il  y aurait énormément à dire sur ces outils, que j’ai essayés maintes fois, certes très tape à l’œil, mais très inefficaces. Comme toujours, les enseignants, n’ayant pas les moyens d’investir, bricolent, photocopient. Moralité, les élèves n’apprennent guère plus que What’s your name et How old are you ? Je n’exagère guère.

Personnellement, j’ai fini, une fois de plus, par fabriquer mes propres outils, ce qui m’a pris énormément de temps et n’a été possible que grâce à la présence dans ma classe d’un T.B.I. et à un intérêt personnel pour la langue anglaise. J’ai dispensé à mes élèves un enseignement assez éloigné, par les méthodes, de ce que nous demandaient les instructions officielles et les manuels à la mode. Sur l’année c’était satisfaisant, mais considérant le manque d’harmonie pédagogique dans l’école, peu impactant à un niveau plus large de la scolarité en langue. 

Nombre d’enquêtes ont montré qu’en début de sixième, il n’y avait aucune différence entre les élèves ayant suivi cet enseignement et ceux qui ne l’avaient pas suivi. Et quand on pouvait percevoir une légère différence, celle-ci disparaissait complètement au bout d’un mois. Malgré tout, on continue cet « enseignement », malgré plus de 30 ans d’inefficacité totale visible par tous.

Le niveau est tellement bas aujourd’hui que des entreprises qui embauchent des jeunes, par ailleurs compétents dans leurs domaines, sont obligées de les former à la maîtrise de l’anglais. N’est-ce pas la preuve que l’enseignement public a failli?

Dans ces conditions, il serait plus sage de supprimer cet enseignement, en attendant peut-être d’introduire une approche efficace et professionnelle ce qui nécessiterait des méthodes éprouvées et un personnel formé. Ce serait folie, que de persister dans cette même voie, en attendant un résultat différent. [**]



[**] « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » citation attribuée à Einstein.


[*] Ce serait un autre sujet mais il faut rappeler que les moyens des écoles primaires dépendent des communes, lesquelles sont inégalement motivées et nanties pour les équiper matériellement. Une grande injustice de traitement en France.

jeudi 3 février 2022

L'autorité à l'École

 

Il y a dans le programme d’Éric Zemmour, un chapitre concernant le retour de l’autorité et de la discipline. Il évoque le retour de la blouse, je n’y reviendrai pas ; mais aussi la suppression des allocations familiales pour les familles d’élèves perturbateurs ou absentéistes. C’est sans doute une piste, insuffisante à elle seule.

Avant toute chose, voyons ce qui se cache derrière le terme autorité à l’École.

Déjà, chacun aura remarqué que ce mot, dans la pensée dominante, a mauvaise presse; il est confondu à tort, avec autoritarisme. Pourtant ce sont deux choses différentes. Les enseignants eux-mêmes dans leur grande majorité, se défendent de faire preuve d’autorité. Or, l’autorité est une condition sous-jacente indispensable pour des enseignements réussis. Elle se décline sous plusieurs formes.

L’autorité de statut, ou autorité conféré par le droit, est attribuée par le diplôme d’enseignement. Elle permet d’avoir des exigences, de les faire respecter en sanctionnant au besoin les transgressions. C’est un devoir et une responsabilité. Elle pose problème à nombre d’enseignants peu éclairés, lesquels refusent d’avoir une position hiérarchique par rapport aux élèves et l’assimilent à de l’autoritarisme. Cette autorité s’appuie uniquement sur la loi, on pourrait la comparer à celle de l’arbitre dans le milieu sportif. Elle n’est ni dégradante ni humiliante pour l’élève dès lors que les rôles de chacun sont explicités. Il faudrait, par la formation initiale, former les enseignants à cela et détruire les mythes qui règnent encore dans la profession à cet égard.

L’autorité de compétence ou expertise professionnelle, repose sur la maîtrise des contenus à enseigner et l’aptitude à les transmettre. Elle est liée à la précédente, et malheureusement depuis fort longtemps,  elle est remise en cause, tout au moins à l’École Primaire, par les parents d’élèves qui se mêlent de pédagogie ou de contenus. Voilà une piste à suivre pour redonner de l’autorité : revoir la place des parents d’élèves dans l’école. Mais aussi s’assurer, par une formation de qualité, que les enseignants sont au niveau de leur mission.  Par exemple, quand un enseignant ne maîtrise pas l’orthographe ou la grammaire, pour citer une situation observée plusieurs fois, peut-on reprocher au parent d’élève de venir lui en faire grief ?

L’autorité relationnelle ou autorité personnelle est l’influence que peut avoir une personne par sa présence, ses qualités relationnelles, son aptitude à convaincre, à rassembler. Elle n’est pas innée mais s’acquiert par le travail et l’éducation. Elle s’accompagne de respect, d’empathie, d’écoute, de considération positive qui en font une véritable autorité éducative. Elle consiste à développer une présence, à mieux communiquer verbalement et non verbalement, à entrer en relation individuelle avec les élèves. La limite est parfois ténue entre ce type d’autorité, et le désir d’utiliser son ascendant pour être aimé ou pour formater les esprits. On pourrait éduquer à cette forme d’autorité dans une formation initiale véritablement professionnalisante.

L’autorité intérieure est plus intime ; il s’agit maîtrise de soi permettant de se contrôler dans des situations de classe compliquées quand surviennent des sentiments comme la colère, la peur, l’irritabilité, le besoin de pouvoir, l’envie de plaire, le besoin d’être aimé. L’enseignant, même débutant, doit rester maître de lui-même, établir le recul nécessaire afin de ne pas succomber aux réactions spontanées qui ne sont pas forcément réfléchies et efficaces. Là aussi, la formation peut jouer, tout comme un recrutement adéquat.

L’autorité sociale ou statut de l’enseignant dans la société, s’est notoirement dégradée lors des dernières décennies. L’une des raisons en est le salaire. Le statut d’une profession, de fait, est très lié à son salaire. Nous savons que les enseignants français sont sous-payés par rapport aux autres pays européens. On constate aussi que l’État, outre la question des salaires, n’a pas une grande considération pour son personnel enseignant. J’en veux pour exemple son attitude durant la crise sanitaire, ou lorsque des enseignants sont agressés voire pire. Peut-on reprocher à la société de déconsidérer ses enseignants quand l’État lui-même ne montre pas l’exemple ? L’autorité sociale découle aussi des autres formes citées plus haut.

Pour rétablir l’autorité, il faudrait que l’État premièrement, donne les preuves qu’il considère et soutient son personnel enseignant, autrement que par des paroles. Qu’il fasse sortir des écoles tous ceux qui n’ont rien à y faire en matière d’instruction. Que la formation soit véritablement professionnalisante, y compris aux différentes formes de l’autorité énumérées ci-dessus.  Mais surtout qu’il redéfinisse clairement les buts et les moyens de l’école et que soit éradiqué tout ce qui fait actuellement obstacle à cette autorité. Cela nécessiterait une forte volonté politique, c’est-à-dire le courage d’entreprendre des réformes susceptibles de susciter la hargne du pédagogiquement correct à tous les étages de la hiérarchie, et celle d’un très grand nombre de parents d’élèves, habitués depuis trop longtemps à s’immiscer dans les écoles et à expliquer aux enseignants comment faire leur métier. Espérons qu’Éric Zemmour aura cette détermination.

Voir aussi sur la question le très intéressant ouvrage de J.C. Richoz, Gestion de classes et d'élèves difficiles, Favre HEP, 2010 Édition revue et augmentée.


mercredi 2 février 2022

Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson, 2011



Sylvain Tesson nous emmène avec lui pendant 6 mois dans une cabane en Sibérie, près du lac Baïkal. Une solitude seulement rompue par une caisse de livres qui ont voyagé avec lui, deux chiens, dans une nature glaciale et magnifique qui est un personnage à elle seule. On ne peut que réfléchir en profondeur dans de telles circonstances, et reconsidérer la hiérarchie de ses priorités ; c’est ce que fait l’auteur, avec brio et poésie. 

Un livre qui réchauffe l’âme malgré son titre et qu’il est bon de déguster à petites lampées au coin du feu.

Quelques passages pour vous mettre l’eau à la bouche :

« Je pense au destin des visons. Naître dans la forêt, survivre aux hivers, tomber dans un piège et finir en manteau sur le dos de rombières dont l’espérance de vie sous les futaies serait de trois minutes… Si encore les femmes couvertes de fourrure avaient la grâce des mustélidés qu’on écorche pour elles. » (p.39)

« Côtoyer les bêtes est une jouvence. » (p.111)

« Pour un moujik, la France offre deux sujets d’étonnement : que le peuple de la Grande Armée implore l’aide de son gouvernement quand il tombe deux centimètres de neige et qu’il laisse les cités brûler alors que trois mille soldats sont déployés dans les montagnes afghanes. » (p.152)

« Rien ne me manque de ma vie d’avant. Cette évidence me traverse alors que j’étale du miel sur les blinis. Rien. Ni les biens, ni les miens. Cette idée n’est pas rassurante. »(p.176)

« Il n’y a que chez moi, à Paris, que les intellectuels nourrissent une fascination à l’endroit de salauds et héroïsent les criminels. »(p.200)

« Je ferme les livres et pleure dans les poils de mes chiens. Je ne savais pas que la fourrure des bêtes absorbait si bien les larmes. Sur la peau des êtres humains, elles glissent. Les chiens, d’habitude sautent partout à cette heure. Ce soir, ils se tiennent tranquilles sous mon misérable petit déluge, penchant un peu la tête. »

« Qui a raison ?  Le moujik autarcique qui remet son âme au ciel mais ne pénètre jamais dans un magasin ? Ou le moderne athée, affranchi de tout corset spirituel, mais qui est contraint de téter les mamelles de système et de se plier aux injonctions imposées par la vie en société ? »(p.231)

« Une sieste sur les galets de la plage avec les chiens couchés sur moi. Aïka et Bêk, mes maîtres en fatalisme, mes consolateurs, mes amis qui n’attendez rien d’autre que ce que l’immédiat vous réserve dans la gamelle de la vie, je vous aime bien. »(p.266)


lundi 31 janvier 2022

La démolition du temple du Luc


Source : AD 83 Délibérations communales, Le Luc 1679-1690

Suite à l’Édit de Nantes qui accorde le droit d’exercice du culte réformé dans un cadre très strict, Le Luc est choisi comme troisième lieu de bailliage par l’ordonnance du 3 février 1601. On dit aussi qu’il s’agit d’une église dressée, c’est-à-dire possédant un consistoire. Cela implique la permission d’ériger un temple, lequel a sans doute été construit autour les années 1600.

L’historien Frédéric Aube (1874) indique qu’il se situait dans les jardins de la ville, à l’endroit qui plus tard sera la Place neuve.

À la Révocation de l’Édit de Nantes, le 31 octobre 1685, le comte de Grignan, gouverneur de Provence,  enjoint à la commune la démolition du temple, selon l’arrêt de la Cour du 20 octobre de la même année. Il est ordonné « la démolition du prêche[1] et de la bâtisse jusqu’aux fondements ».

Mais la démolition n’est pas immédiate en raison d’un problème de mitoyenneté. En effet, un dénommé Jacques Amalric a son jardin à côté du temple et il pense que le mur de séparation pourrait être mitoyen ;  il s’oppose donc à la démolition de ce mur. L’assemblée communale, à qui incombe la démolition, décide de s’en tenir aux ordres du roi. Jacques Amalric demande alors que soient désignées deux personnes pour déterminer l’éventuelle mitoyenneté. À quoi l’assemblée communale rétorque qu’il ne lui appartient pas de déterminer si le mur est mitoyen mais simplement de démolir le temple, comme l’indiquent les ordres reçus.

Les choses traînent et le 18 novembre 1685 il est décidé que le différend sera porté devant le comte du Luc afin qu’il dise ce qu’il convient de faire.

Finalement, en date du 12 mars 1686, on apprend que le mur a été abattu sur les ordres du lieutenant Raimondy, via le comte de Grignan. Puis reconstruit du côté du jardin de Jacques Amalric. En conséquence de quoi, la communauté prend en charge les frais qui en découlent à savoir les déplacements occasionnés pour prendre conseil ainsi que le maçon qui a œuvré, pour la somme de 18 livres. La communauté se remboursera sur les débris du temple qui seront vendus. Et si cela ne suffit pas, elle paiera le surplus.







[1] Nom donné au temple.

dimanche 30 janvier 2022

La blouse

La blouse figure dans le programme d'Éric Zemmour au titre des moyens pour rétablir le respect de l'autorité.

Un mot donc sur cette question récurrente dans les propositions de beaucoup quand il s’agit de parler d’autorité ou de discipline scolaire. Les journalistes en font leurs choux gras. Il n’en faut pas moins pour réanimer les vieux fantasmes des pensionnats et de leurs excès.

Oui, dans les années 60 et avant, tous les écoliers portaient des blouses,  parfois les modèles et couleurs étaient imposés, parfois ce n’était pas le cas. Personne ne s’en offusquait, et surtout pas les parents d’élèves, bien contents que la blouse puisse préserver les vêtements des tâches d’encre et autre. D’ailleurs les enseignants, tout au moins à l’école primaire, en portaient aussi. La blouse n’avait d'autre but que celui de protéger les vêtements de l'enfant.

Dans cette école-là, il y avait de l’autorité à l’École et celle-ci n’était pas ouverte aux quatre vents. L’institution était respectée. La discipline régnait, les enseignants étaient estimés. Mais ce n’est pas à cause de la blouse !

Je pense qu’associer le retour de l’autorité et de la discipline à l’École au port de la blouse n’est qu’un élément rhétorique dont la presse est friande. Cela occasionne des débats sans fin sur les comptoirs des bistrots médiatiques. Les « pro-blouses »  y voient le sésame pour l’école d’autrefois, et revendiquent le gommage des différences sociales. Les « anti-blouses » déplorent la négation des différences et la volonté d’uniformisation de l’apparence… Mais l’argumentaire est beaucoup plus large ; ce n’est pas le propos ici.

Je veux mettre en exergue l’idée que dans l’état actuel de décrépitude profonde de l’École, ce n’est pas le rétablissement de la blouse qui changera quoi que ce soit sur le plan du respect de l’autorité et de la discipline.

J’ai l’impression depuis plusieurs années de me répéter encore et encore. En  2017 lors de la campagne présidentielle, j’écrivais sur mon blog Explicitement Vôtre :  « Et voici que l’on reparle de l’autorité à l’école. Campagne présidentielle oblige. On nous dit « il faut rétablir l’autorité dans les écoles ». La mesure phare étant le port de l’uniforme ou plutôt d’une « tenue vestimentaire spécifique ». Comme si cette seule mesure pouvait venir à bout des problèmes de gestion des classes et des comportements. »

En attendant, dans un prochain billet, de développer l’idée d’autorité,  je conclus comme à l’époque, que pour rétablir l’autorité perdue des enseignants, il faut éradiquer tout ce qui a contribué à sa disparition. Et ce n’est pas le seul retour d’une pièce vestimentaire qui y parviendra.

Mon grand-père, instituteur à Giens, en 1917, avant son départ à la guerre
 Blouses et sarraus.


mardi 25 janvier 2022

Recrutement et formation des enseignants

Programme d'Eric Zemmour pour l'École: Recruter et former les futurs enseignants de manière plus exigeante.   

Mon point de vue concerne avant tout l’enseignement en Primaire que je connais bien.   

C’est en effet un minimum indispensable si l’on veut rebâtir une  École efficace. Voilà qui nous ramène à la question de l’idéologie pédagogique qui actuellement règne dans la formation qu’elle soit initiale, ou continue. Dans les écoles de formation, quels que soient leurs noms ou leur structure administrative,  il s’agit de formater les futurs enseignants au contructivisme lequel est le fruit d’une idéologie dont on sait maintenant, que sa forme pédagogique est inefficace, par l’abondance des analyses, mega analyses et par l’observation de terrain. Une  meilleure formation devrait faire accepter la notion d’efficacité et proposer des méthodes pédagogiques dont l’efficacité a été démontrée et éprouvée. Bien sûr la liberté pédagogique des enseignants est importante, mais elle ne doit pas sortir du cadre de l’efficacité. Choisir parmi les méthodes efficaces relève  du simple bon sens. L’étude de l’ensemble des méthodes efficaces devrait être l’axe essentiel de la formation des futurs enseignants.

Ce choix d’introduire la notion d’efficacité et les données probantes ne peut être qu’un choix politique imposé, au vu de l’impossibilité du débat sur la question. Qui nierait l’importance des données probantes en médecine, en architecture, en écologie ? Alors pourquoi le domaine éducatif serait-il le seul à les ignorer ?

Quant au recrutement des enseignants, il est aussi à repenser complètement. Le niveau baisse, cette phrase s’applique aussi aux enseignants. J’ai été enseignante et malgré un certain corporatisme, je suis consternée d’avoir observé à maintes reprises que certains, pour ne pas dire beaucoup, maîtrisent mal la langue, l’orthographe, la grammaire … sans parler des mathématiques. Comme cette collègue, enseignante de CM2, qui me demanda en toute hâte en fin de récréation, de lui expliquer la différence entre un triangle isocèle et un triangle équilatéral, car elle s’apprêtait à  faire sa leçon sur le sujet. Mais cela va dans le sens idéologique du constructivisme qui affirme qu’on n’a pas besoin d’un « sachant » pour enseigner, qui compare l’enseignant au jardinier qui regarde pousser ses plantes s’inscrivant ainsi dans le courant « naturaliste » que ED Hirsch a bien décrit. 

Le recrutement d’enseignants ayant un niveau minimal pour enseigner leurs matières, nécessiterait un concours très sélectif. Or, le métier n’est plus attractif en raison des bas salaires, de la difficulté d’exercice liée à la perte d’autorité, de  l’intrusion des parents dans le domaine pédagogique, d’une hiérarchie ne soutenant pas son personnel, de conditions épouvantables dans des quartiers difficiles. Quel jeune ayant un bon niveau général se lancerait-il dans un métier si peu payé, si mal reconnu avec des difficultés d’exercice telles ? La « crise des vocations » est bien réelle.

Eric Zemmour évoque des primes, une progression au mérite mais ne dit rien du salaire de base. Les primes malheureusement n’entrent pas en compte pour la constitution des pensions de retraite.  Quant à la question des primes au mérite,  reste à savoir comment définir le mérite, et surtout qui s’en ferait juge et sur quoi il s’appuierait…